Ruée des Haïtiens vers le Suriname

L’envie des Haïtiens de prendre le large, d’aller voir ailleurs, de tourner le dos à la mère patrie n’a jamais été aussi manifeste, aussi palpable que ce vendredi 9 septembre 2016 devant le bâtiment du consulat surinamien, à Delmas 71. Vu de l’autoroute  de Delmas, les yeux vers Pétion-Ville, le spectacle est saisissant. Hommes, femmes, jeunes et vieux, enveloppes [jaunes] en main, la plupart du temps, sous l’aisselle, font la queue, attendent patiemment la décision des autorités consulaires surinamiennes pour pouvoir à leur tour foutre le camp.

Partir. Partir à tout prix. « Laisser une bonne fois pour toute l’enfer d’Haïti qui nous calcine tout vif», murmure dans un souffle un dénommé Jean qui avoue, le regard fuyant, n’avoir que cette idée en tête. Décamper. Comme tout le monde, il s’arme de patience et se met en rang. Mais, la ligne avance à pas de tortue. Nous sommes à la mi-journée.

Et, contre toute attente, la nouvelle tombe. Tel un coup de massue. Le consulat ne reçoit que ceux qui se trouvent sur la galerie. Les gens qui sont dans les escaliers ou en bas doivent revenir un autre jour. Instantanément, le découragement se lit sur presque tous les visages. Jean en a les épaules qui tombent. Tout le contraire de cette dame, un peu avancée en âge, qui descend les escaliers d’un pas alerte et, arrivée sur le trottoir, lève les yeux au ciel, où les rayons du soleil se font rares, moitié soulagée moitié reconnaissante.

La dame, tempe légèrement grisonnante, n’avait pas encore baissé sa tête qu’un type l’avait rejoint pour lui rappeler qu’elle n’avait fait que la moitié du chemin. En fait, elle doit revenir au consulat le 15 septembre prochain et son vol pour Paramaribo est prévu pour le 22 de ce mois.  Sa carte touristique lui sera délivrée.

Chemise blanche, en nage, la nuque ruisselante, le type, qu’on regarde avec déférence et que personne n’appelle par son nom, repart en direction du consulat emportant avec lui quelques enveloppes. Il en ressort quelques minutes plus tard pour apostropher des propriétaires d’enveloppes qui ont omis d’annexer à leur dossier une copie de leur passeport ou celle de leur billet d’avion.

Ce type fait la navette entre l’office du consulat et l’extérieur. Très sollicité, il snobe ceux qui l’interpellent et poursuit son chemin sans s’arrêter. Sur son passage, un jeune homme, envieux de la facilité avec laquelle il entre et sort du consulat, confie à son voisin, dans un soupir, que c’est parce qu’il y travaille.

Une fois informée de la décision du consulat de ne recevoir que ceux sur la galerie, la foule se disperse peu à peu. Aucune plainte. Aucune bousculade non plus. Un soupir, de temps à autre, et aussi un coup de klaxon par-ci, par-là d’un automobiliste pressé de se rendre au guichet chauffeur d’une banque qui se trouve au rez-de-chaussée du consulat.

Résignés, certains tournent les talons, promettant de revenir lundi matin tandis que d’autres restent tétanisés sur le trottoir. Pour le moment, ils semblent ne pas être au courant des récentes dispositions prises par le Suriname. Ils n’en ont pipé mot. Pas plus que le ministre haïtien des Affaires étrangères, Pierrot Délienne. Ce dernier a été contacté par la rédaction, jeudi soir, pour avoir confirmation que le Suriname avait effectivement rendu obligatoire, comme l’annoncent certains médias caribéens, dont Jamaica Observer, un visa pour les Haïtiens qui entrera en vigueur le 15 septembre prochain.

« Je n’ai pas été au bureau pendant toute la journée [du jeudi], donc je n’en sais rien. Actuellement, je suis sur la route. Je reviens de la patronale de Petit-Trou-de-Nippes. Appelez-moi demain vers neuf heures », a déclaré le chancelier haïtien, joint au téléphone. Depuis ce coup de fil, toutes les tentatives de le joindre ont été vaines. Or, Jamaica Observer souligne que le Suriname a rendu obligatoire le visa pour les Haïtiens  depuis le 26 août dernier.

Selon le média jamaïcain, les autorités surinamiennes ont adopté cette mesure suite à l’importance du flux de migrants d’origine haïtienne et d’une plainte de la France.  En effet, le gouvernement français, via son ambassade au Suriname, par courrier diplomatique, s’est plaint du flux de migrants haïtiens qui traversent le Suriname pour rejoindre la Guyane française pour y faire une demande d’asile.

Selon des statistiques, plus de la moitié des passagers de la compagnie Insel Air, qui dessert le Suriname, est d’origine haïtienne. Les compagnies aériennes doivent désormais déposer leurs listes complètes de passagers au ministère des Affaires étrangères du Suriname, nous apprend Jamaica Observer. À partir du 15 septembre 2016, toute personne en provenance d’Haïti désireuse de voyager au Suriname doit obligatoirement être en possession d’un visa.

Un rapport qui date de mars 2016 montre que la carte touristique, supposée attirer davantage d’hommes d’affaires et de touristes, a plutôt facilité la tâche des passeurs de migrants. Plus de 6 000 Haïtiens, qui ne parlaient pas anglais et, pour la plupart, ne savaient ni lire ni écrire, ont envahi l’aéroport international du Suriname. Certains étaient dans l’incapacité de fournir les documents d’autorisation pour les enfants qui les accompagnaient, d’autres détenaient de faux documents, rapporte Jamaica Observer.

Source : lenouvelliste.com

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