Rose Martine Milard, l’unique femme arpenteuse en Haïti

Après avoir réussi son bac II, son rêve le plus cher était de devenir agronome. N’ayant pas réussi au concours d’admission à la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire, elle a finalement étudié la topographie au Centre de formation des techniciens en travaux publics dans les années 1997-1998 sous l’influence de ses trois frères ingénieurs. Elle a fait ce choix non par amour, mais parce qu’il lui permettrait de trouver un gagne-pain beaucoup plus facilement, vu que ses frères avaient un bureau nommé « Besaco » qui travaille dans le secteur.

Au début, Mme Rose Martine Milard avait trouvé en l’arpentage, un métier très dur. Mais au fil du temps, à mesure qu’elle l’expérimentait, elle a fini par remarquer que la mesure de terrain est un métier aisé pour tous les genres. Pendant ses études en topographie, elle avait l’habitude d’accompagner les autres arpenteurs sur le terrain, sur les directives de son oncle, quand ce dernier est tombé malade, puisqu’il était très âgé. Grâce à cette expérience, elle confie avoir maîtrisé un outil important pour son futur métier : les mesures d’angle.

À cette époque, le dévouement avec lequel elle œuvrait dans son domaine lui a attiré l’estime de M. Rigaud Midi, un arpenteur expérimenté de la commune de Port-au-Prince qui collaborait avec son oncle. M. Midi était considéré comme un mentor pour Mme Milard, puisque que c’est ce dernier qui lui a enseigné la pratique et les grandes lignes du métier. Et c’est grâce à cet homme qu’elle a développé tout son amour, toutes ses aptitudes, tout son désir d’exercer le métier d’arpenteur. Elle a passé près de douze ans à travailler avec M. Midi. « J’étais toujours active à chaque fois que je l’accompagnait pour un travail sur le terrain. Parfois, je travaillais plus que les hommes », a-t-elle confié, ajoutant que M. Midi a voulu, avant sa mort, entamer des démarches pour lui passer sa commission, pour avoir montré son amour et son intérê pour cette profession.

La seule personne importante dans sa vie qui s’était catégoriquement opposée à ce choix de carrière, c’était sa mère. Elle a tout fait pour la désorienter, mais elle a échoué dans ses tentatives. « Ma mère n’a jamais voulu que je devienne arpenteuse, confie-t-elle, car avant ni après moi, jusqu’à présent, aucune autre femme n’a exercé ce métier. « J’ai fait des démarches auprès de l’ancien sénateur Yvon Feuillé pour qu’il dépose mon dossier au bureau du président d’alors, en vue d’être commissionnée pour la commune de Port-Salut », indique Milard, expliquant que sa mère a prié le sénateur de ne pas faire avancer son dossier. Elle a dû attendre près de 10 ans pour subir des examens, en 2008, sous la présidence de René Préval après que le député de Port-Salut d’alors eut réactualisé son dossier. Les examens réussis avec brio, elle a reçu sa commission pour sa commune natale, le 28 mars 2008, et a prêté serment trois mois plus tard, soit le 2 juin de la même année. Elle explique que toute la cérémonie de prestation de serment a été organisée avec une implication personnelle de l’ancien sénateur Feuillé. Ainsi, Rose Martine Milard est devenue la première femme de toute l’histoire de l’arpentage à avoir reçu une commission d’un président de la République pour l’exercer comme métier.

Être plus performante dans le métier d’arpenteur est devenue une obsession pour Mme Rose Milard. De ce fait, après ses études en topographie, elle a jugé nécessaire d’étudier le droit à l’École de droit et des sciences économiques des Cayes ( 2009-2013) , afin de mieux assimiler des notions juridiques relatives à la profession d’arpenteur, notamment le droit rural , le droit civil ainsi que la législation du 26 février 1975.

Âgée de 49 ans et n’ayant pas d’enfant, Rose Martine Milard est une célibataire qui se consacre exclusivement à son travail et à ses études. « J’estime que si j’étais mariée, je ne pourrais pas exercer le métier aussi bien », confie-t-elle. Toujours en quête de perfectionnement, elle conseille à ses collègues de suivre autant que possible des séances de formation sur l’arpentage. « Aujourd’hui, les choses sont en train de changer avec l’évolution de la technologie », a-t-elle indiqué. « Ce ne sont plus les mêmes techniques ni les mêmes instruments qui sont utilisés dans le métier à travers le monde », a-t-elle poursuivi. Mme Milard a déploré le fait que certains de ses confrères se considèrent comme des anciens et refusent de se recycler. « D’autant plus que c’est un métier qui nourrit son homme, il faut donc le pratiquer à la fois avec connaissance et modernité », a-t-elle estimé.

Aujourd’hui, elle est fière et heureuse de s’être fait une place dans ce milieu d’hommes. Cependant, Rose Martine Milard est loin d’être une professionnelle narcissique qui veuille être toujours honorée en étant la seule femme qui exerce la profession d’arpenteur sur tout le territoire national. En participant au premier séminaire juridique et scientifique au profit des arpenteurs, qui s’est tenu du 4 au 8 juillet à l’École de la magistrature, elle se dit déterminée à encourager d’autres femmes à se diriger vers ce métier. « Je rêve d’avoir de jeunes femmes comme stagiaires à mon cabinet », a-t-elle lâché en souriant. Qu’il y ait plus de femmes dans le métier, c’est son désir ardent.

Source : lenouvelliste.com

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