Les avorteurs ont encore frappé

« Le Parlement est dépassé par la situation, que Privert reste président jusqu’au 7 février », s’insurge, non sans fracas, un député pro Privert, peu après que le bureau de l’Assemblée nationale a constaté qu’il n’y a pas de quorum et qu’en conséquence la séance est encore mise en continuation. Les 55 députés et 17 sénateurs n’y ont pu rien. Alors, on retourne à la case départ. « On va se concerter pour savoir que faire », lâche Ronald Larêche, président a.i. du Sénat. Dans la salle, un peu grondante après 19 heures, comme ce fut le cas lors de l’infirmation du quorum au petit matin du mercredi 29 juin par les sénateurs minoritaires, les parlementaires pro Privert, majoritaires dans les deux chambres, sortent de leurs gonds, crucifient les parlementaires de l’APH…

Antoine Rodon Bien Aimé, grand manitou du GPI, président de la commission Finances de la Chambre basse, est horripilé. Il traite de tous les noms la 50ème législature dont il est membre. Il refuse qu’on l’appelle député, clame qu’il ne l’est plus. Pour lui, ces parlementaires, qui se seraient cloîtré dans un hôtel de Port-au-Prince parce qu’ils ne veulent nullement entendre parler de la prorogation du mandat de Jocelerme Privert, creusent leur tombe. En contrebas, à deux pas du pupitre, Carl-Murat Cantave, lui qui a paraphé la veille une correspondance dans laquelle cinq sénateurs enjoignaient le groupe minoritaire du Sénat de ne pas « signer la feuille de route dans leur nom », pointe du doigt ce que beaucoup pressentaient, il y a peu. « Il n’y a pas eu de consensus autour de la feuille de route », explique l’irréductible sénateur de l’Artibonite, toujours aussi intransigeant.

Pour Carl-Murat Cantave, ancien conseiller de Laurent Lamothe, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Comme il le répète à tout-va depuis plus d’un mois au bord de mer, on n’a qu’à livrer les commandes de la transition au PM Énex Jean-Charles. Un peu plus tôt avant lui, avant que nombre de parlementaires ne constatent qu’il n’y a pas eu de quorum parce que les députés de l’APH – bloc qui réunit des parlementaire PHTK, KID, BOUCLIER – ont brillé par leur absence, Cholzer Chancy, président de la Chambre des députés, président de l’Assemblée nationale, a voulu la jouer simple. Il s’en est remis aux règlements intérieurs. La nouvelle étape après quatre tentatives non réussies de statuer sur le sort de Jocelerme Privert? « Continuer à mettre la séance en continuation ». Le parlement n’est-il pas incapable de s’assumer ? « On ne peut pas le dire comme ça. On va continuer à discuter, à chercher le problème ! »

Ronald Larêche, un tantinet malaisé, impute ce nouveau report de la séance à une « démonstration de force des députés de l’APH ». Il révèle que l’APH, comme d’autres groupes parlementaires, avait signé la feuille de route mais s’est rétractée au dernier moment. « Son représentant dans les discussions a demandé la poursuite des discussions », indique le sénateur du Nord-Est. Le parlement n’est-il pas dépassé par la situation, par cette crise en stagnation ? Ronald Larêche préfère parler de l’assemblée. De sa couleur mosaïque. Dans les coulisses, en off, il y a eu ce parlementaire, énervé comme lui seul, qui a, sans se voiler la face, émis le vœu à ce que Jocelerme Privert s’assume, s’attaque aux problèmes les plus pressants de l’île, mette le cap sur les élections, le dos aux gesticulations du Parlement. Il y a eu également, cet autre parlementaire, grand potentat du GPEP, qui s’est dit « déçu », « mal à l’aise »…

Évalière Beauplan n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Dans une longue péroraison, il flambe les parlementaires PHTK et alliés, ne se gardant pas toutefois d’asseoir les circonstances qui ont conduit le pays sur cette voie extraconstitutionnelle. Parlant de la majorité dont dispose JP dans les deux chambres, il appelle les parlementaires absents des « Kamikaze » qui préfèrent « se sauter » et « sauter le pays » avec eux. « Ce ne sont pas des démocrates ! » « La majorité ne reculera pas devant la minorité », soutient le sénateur du Nord-Ouest, acrimonieux. Bien entouré des sénateurs pro Privert, il appelle Privert à prendre ses responsabilités. « Si le pays n’avait pas voulu pas de Jocelerme Privert pour l’emmener vers des élections, on aurait vu ça dans la rue. »

Maintenant que la séance est une nouvelle fois mise en continuation et que les parlementaires de l’APH sont cloués au pilori comme les principaux responsables, Jocelerme Privert, calme comme un ours ou inquiet comme une biche, attend. Les discussions, pour la énième fois, vont se poursuivre, s’intensifier encore aux fins d’évacuer les irritants, d’accorder les désaccords et de dégager le consensus – tant nécessaire à la reprise de la séance – sur la feuille de route. D’autant que mercredi, un grand manœuvrier de l’APH, n’a pas ravalé ses appréhensions dans les colonnes du Nouvelliste. « La séance risque de ne pas avoir lieu demain. On ne s’entend pas encore totalement sur le contenu de la feuille de route », avait-il affirmé, en off, pris dans l’engrenage d’une ultime réunion…

Source : lenouvelliste.com

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