Et c’est parti pour le festival féministe Nègès Mawon

La tente sous laquelle on reçoit les médias, les invités, se dresse à côté de la tombe de Myrna Narcisse Thélémaque, directrice générale du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes disparue là, sous les décombres, le jour du séisme. La symbolique est forte. Forte au point que l’actuelle ministre Marie Denise Claude en fait écho dans son discours de circonstance. « Le festival Nègès Mawon qui inaugure ses travaux dans les bureaux du MCFDF est un signe que la lutte des femmes a semé dans une terre fertile et que, aujourd’hui, de jeunes femmes n’ont plus peur de crier haut et fort leur positionnement par rapport à l’ensemble des discriminations et des inégalités qui se dressent sur le parcours des femmes », prononce-t-elle avec vigueur.

Un petit tour d’horizon dans l’espace permet de constater que parmi les membres de l’équipe de Nègès Mawon, leurs sympathisants et invités, il y a beaucoup d’adeptes de cheveux naturels. En ajoutant à cela le vocable même de l’association « Nègès mawon », on a donc questionné les panélistes sur le caractère identitaire si ce n’est racial de leur mouvement.

Pascale Solages, la coordonatrice générale, parle de féminisme adapté. « On est, dit-elle, dans un contexte d’émergence de quête d’identité qui se décline en l’adoption de cheveux naturels, la défense de la peau noire. Voilà pourquoi nous invitons Amina Doherty, une afro-féministe. Nous devons assumer en même temps notre identité de femme, de femme noire, de femme caribéenne et d’afro-descendante. En tant qu’Haïtienne je n’ai certainement pas les mêmes conditions qu’une femme noire ou blanche vivant en Europe par exemple. »

En ce qui concerne l’art comme stratégie de lutte, Souzen Joseph, la conseillère du comité du festival, fait remarquer qu’il est naturel que chaque courant ait son cheval de bataille, sa formule, mais orienter vers le même objectif, celui de défendre les droits de la femme. « Si les femmes optent pour la radicalité (à ne pas confondre avec la violence), insiste-t-elle, Nègès Mawon choisit, elle, l’art pour être en conformité avec la culture haïtienne. Nous autres Haïtiens, nous aimons exprimer nos sentiments à travers l’art. Nous l’avons dans notre sang ». Est-ce au constat du manque d’efficacité de certains moyens utilisés par les prédécesseurs ?, lui a-t-on rétorqué. La conseillère ne partage point cet avis manifestement. Selon elle, ces moyens ont donné des résultats qui constituent un acquis, un héritage des aînées, un substrat à ceux d’aujourd’hui, le sien inclus.

À propos des résultats escomptés, il est question, selon les panélistes, de montrer ce qu’est le féminisme. De montrer ses acquis, de poursuivre la bataille contre les stéréotypes, les autres barrières dressées. C’est, selon Souzen, une fenêtre sur d’autres combats à mener, surtout ceux qui persistent. Elle évoque le plan de carrière qui est encore trop difficile pour une femme en Haïti, de son aveu. Il y aussi le droit à l’avortement. «Les gens sont choqués par le droit à l’avortement mais ne pensent pas au fait que les gens en pratiquent en cachette au péril de leurs vies, à la complication du travail des médecins », confie-t-elle.

Le festival se poursuit donc jusqu’au 24 juillet. Le 19 juillet, à Café Philo, se tiendra une conférence sur le thème « De la conscience féministe au militantisme » avec comme panélistes Natacha Clergé, Amina Doherty, Sabine Lamour et comme modérateur Philippe Volmar Junior. À la même heure à l’IFH, on diffusera le film « Je veux tout de la vie», sur la féministe de renom Simone de Beauvoir.

Source : lenouvelliste.com

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